Écrire ses mémoires: 5 exercices pour se lancer.

Écrire ses mémoires, beaucoup y pensent. Peu osent s’y mettre.

Dans mon métier, j’entends souvent la même phrase : « Je n’ai pas eu une vie remarquable. Je n’ai rien d’héroïque à raconter. » Et juste après : « J’aimerais écrire, mais je ne sais ni quoi, ni comment. »

Je comprends ce frein. Pendant quinze ans, j’ai dirigé Créer Mon Livre, une maison d’édition de livres personnels. J’y ai lu beaucoup de récits de vie. Et les plus touchants étaient rarement ceux de « héros ». C’étaient ceux d’une institutrice, d’un ouvrier, d’une grand-mère qui racontait ses dimanches.

Une vie ordinaire, vue de près, ne l’est jamais. Pour vos enfants et petits-enfants, ce qui compte n’est pas l’exploit. C’est le détail : l’odeur d’une cuisine, un mot de votre père, la façon dont on vivait.

Voici 5 exercices que je propose en accompagnement. Ils reposent sur un principe simple : on n’écrit pas sa vie du début à la fin. On l’écrit par morceaux.

Ce qui bloque au moment d’écrire ses mémoires

Deux réflexes freinent presque tout le monde.

  • Commencer par « Je suis né le… à… » : la phrase est juste, mais elle ne donne envie ni d’écrire, ni de lire la suite.
  • Suivre l’ordre chronologique : au bout de trois pages, on est encore dans la petite enfance. La motivation s’épuise avant d’arriver aux moments qui comptent.

Pour écrire ses mémoires sans se décourager, il faut donc changer de méthode : un plan d’abord, puis des fragments, dans le désordre. Le récit se construit ensuite.

Exercice 1 : dessiner le plan de vos mémoires

Prenez une grande feuille. Découpez votre vie en 5 à 7 grandes périodes.

Une période n’est pas forcément une tranche de dates. Ce peut être un lieu (la maison de la rue des Lilas), un métier, une rencontre, l’arrivée des enfants. Donnez un titre à chaque période, puis notez dessous trois souvenirs qui vous viennent spontanément.

Comptez 20 minutes, pas plus. Ce plan n’est pas un sommaire définitif. C’est une carte pour écrire ses mémoires sans vous perdre. Elle vous guide, et elle vous montre déjà que vous avez beaucoup à raconter.

Exercice 2 : la liste des « Je me souviens »

Cet exercice vient d’un livre de Georges Perec, Je me souviens, paru en 1978. L’auteur y aligne des souvenirs très simples, tous ouverts par les mêmes mots.

Réglez un minuteur sur 10 minutes. Écrivez une vingtaine de phrases qui commencent par « Je me souviens ». Ne triez rien, ne corrigez rien.

  • Je me souviens du bruit du moulin à café, le matin.
  • Je me souviens de la blouse grise à l’école.
  • Je me souviens que mon père sifflait en se rasant.

Chaque ligne est un fragment. Rangez-le ensuite dans l’une des périodes de votre plan. C’est aussi la meilleure réponse au « je n’ai rien de remarquable » : le banal est justement ce qui disparaît en premier.

Exercice 3 : écrire à partir d’un objet

Choisissez un objet que vous avez gardé : une montre, un livre de recettes, un outil, une photo.

  1. Décrivez-le en cinq lignes, comme si votre lecteur ne l’avait jamais vu : couleur, matière, usure.
  2. Écrivez qui l’a possédé avant vous.
  3. Expliquez pourquoi vous l’avez gardé.

Un objet ancre le souvenir dans le concret. Vous ne racontez plus « votre vie », vous racontez une chose. C’est beaucoup moins intimidant, et souvent plus juste.

Exercice 4 : raconter une scène ordinaire

Pensez à un moment qui se répétait : le repas du dimanche, le trajet vers l’école, le jour de la lessive, la veillée.

Écrivez-le comme une scène de film. Où êtes-vous ? Qui est là ? Qu’entend-on, que se dit-on ? Vous pouvez écrire au présent, cela rend la scène plus vivante. Une page suffit.

C’est souvent ce texte que vos petits-enfants liront avec le plus de curiosité. Ce monde-là a disparu, et vous êtes peut-être l’un des derniers à pouvoir le décrire. Écrire ses mémoires, c’est aussi garder la trace de ce quotidien.

Exercice 5 : trouver la première phrase de vos mémoires

Une remarque d’abord : la première phrase s’écrit souvent en dernier. Une fois vos fragments rassemblés, vous saurez mieux par où entrer.

Écrivez trois débuts possibles, sans date de naissance. Par exemple :

  • Partir d’un lieu : « Chez nous, la cuisine était la seule pièce chauffée. »
  • Partir d’une phrase entendue : « Ma mère disait toujours : on ne jette pas le pain. »
  • Partir d’un moment : « La première fois que j’ai vu la mer, j’avais onze ans. »

Relisez-les à voix haute. Gardez celle qui vous donne envie d’écrire la phrase suivante.

Comment organiser vos fragments pour écrire ses mémoires

Rassemblez vos textes par période, dans un carnet ou une chemise par chapitre. Ne cherchez pas à les relier tout de suite.

Sur le rythme, je conseille 20 minutes, deux ou trois fois par semaine. C’est plus efficace qu’une grande séance le dimanche, que l’on finit par reporter. Au bout de quelques semaines, vous aurez une vraie matière. C’est à ce moment-là que le récit commence à se dessiner.

Vous lisez cet article pour un parent ?

Écrire ses mémoires peut aussi se faire à deux, avec un enfant ou un petit-enfant. Lisez à votre parent sa liste de « Je me souviens » à voix haute, posez-lui des questions sur chaque ligne, enregistrez ses réponses. Vous trouverez d’autres pistes dans mon article sur comment connaître la vie de vos grands-parents.

Être accompagné pour écrire ses mémoires

Ces 5 exercices suffisent pour se lancer. Ils ne demandent ni pré requis, ni vie extra-ordinaire. Juste un peu de régularité.

Certaines personnes préfèrent toutefois être guidées. Écrire ses mémoires à deux permet d’avancer plus sereinement. Je les accompagne individuellement, de la première page jusqu’au livre imprimé. Vous pouvez découvrir cet accompagnement sur la page publication des mémoires, ou lire pourquoi je continue d’accompagner les histoires de vie.

Et si vous testez l’un de ces exercices, je serais heureuse de savoir lequel vous a parlé. Vous pouvez revenir vers moi à adcoupry@gmail.com.

(image : pexels-hand-1868015_1920)

À propos de l'auteur de cet article

À propos de l'auteur de cet article

Angélique Dubois Coupry

Je m’appelle Angélique Dubois Coupry et je suis passionnée par le passé. J’effectue des recherches généalogiques approfondies pour retracer la vie de vos ascendants.

➔ En savoir plus

 

Vous aimerez sûrement

Comment Connaitre la Vie de Vos (Grands) Parents ?

Comment Connaitre la Vie de Vos (Grands) Parents ?

Connaitre la vie de vos (Grands) Parents : comment une généalogiste peut reconstituer leur chronologie Introduction: La vie de nos (grands) parents est un trésor d'histoires et de souvenirs qui nous relie à nos racines. Cependant, il peut être difficile de...

0 Commentaires

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *